Cultivons notre jardin

Par Pierre Robert Cloet - 10/06/2010

 

 

Qui a déjà porté un regard intéressé sur des traditions, des pensées venues de loin, d’ailleurs ?

 

La culture en première approche semblerait correspondre à une curiosité. Dans le langage courant selon Wikipédia, le mot culture permet de réaliser un classement de son caractère en fonction de croyance, de la consommation de biens ou de l’exercice d’activités considérées comme élitistes : la  cuisine, l’art, et la musique  par exemple. Si la référence provient des médias, journaux, revues, émissions de télévision, les pages et émissions culturelles  se concentrent sur le cinéma, les livres, essentiellement romanesques, la peinture et la scène. Culture indique donc une activité élitiste et orientée vers un choix de spectacles et de loisirs.

 

La culture générale est une approche plus quantitative. Ouvrons Internet avec ces mots clés et les résultats affichés sont éloquents : il s’agit de maximiser ses connaissances et de savoir répondre à n’importe quelle question sur tout sujet. L’essentiel se déroule sous forme de tests, jeux, Quizz ou QCM. A la base, elle rentre dans le domaine de l’école, et sa traduction médiatique générale est orientée vers un savoir académique.

 

L’élargissement vers la notion de multiculture prend une tournure différente. Importante pour les collectivités publiques et les politiques, l’intérêt qu’y porte le grand public reste superficiel et orienté vers les arts culinaires, le tourisme, les traditions populaires et folkloriques, hormis certains documentaires historiques ou géographiques. La multiculture est loin d’être dénuée d’exotisme.

 

Ainsi ces trois domaines restent largement dans les sphères de la curiosité, des loisirs et un peu de mise en valeur de soi. Y a-t-il place pour la réflexion dans au moins un de ces domaines ? N’est-il pas possible d’envisager la culture dans un axe d’altérité et d’empathie au lieu de la laisser véhiculer une aura narcissique et égocentrée ? Au lieu de se contenter de passer un bon moment, mieux vaudrait penser culture comme un moyen de se tourner vers les autres, de comprendre plus que d’apprendre, et de pouvoir décrypter notre environnement.

 

Ces trois domaines s’appliquent à l’Europe. Nombre de voyageurs, curieux, migrants, partenaires proches ou à distance font régulièrement l’expérience des valeurs des autres. Certaines donnent une impression de proximité, d’autres de différences. Ces dernières sont souvent encrées durablement dans les esprits sous forme de stéréotypes et de préjugés. Ce sont pourtant ces différences qui donnent du relief au contact et à la communication.

 

L’enjeu devient dès lors une transformation d’une perception négative en un enrichissement commun des partenaires. Sont concernés, liste non exhaustive, les étudiants des programmes Erasmus, les acteurs de comités de jumelage, les responsables publics en voyages d’étude, les cadres et employés d’entreprises transnationales, voire expatriés… Que peut-on leur proposer pour acquérir cette positivité des différences ? Ne peut-on pas leur montrer le long cheminement culturel, historique, sociologique de chacun d’entre nous en Europe et les conduire vers une ouverture d’esprit nécessaire à la communication, au dialogue et à la compréhension du voisin, phénomène par ailleurs réversible par définition ?




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