De l'encre au clic

De l'encre au clic

Pierre-Robert Cloet
Pratique Vet - AFVAC - 2009

 Où les propriétaires de chiens, chats et autres furets vont-ils picorer une information sur l’état de santé de leur quatre-pattes préféré ? De quelle pertinence jouit la connaissance ainsi généré ?

Tapez sur votre moteur de recherche préféré n’importe que nom de médicament ou de maladie. Dès les premières pages (sites les plus visités) vous trouvez à foison des blogs et sites où questions et réponses se succèdent sur le mode « t’as qu’à essayer ».

 

Mais les blogs et les sites faisant appel au vécu de chacun entrainent une confusion entre expertise et simple témoignage et fixent les limites de l’expérience personnelle et ponctuelle.

 

L’homme pourtant n’en est pas à son coup d’essai. Le XVème siècle en a  vu naitre  un des plus remarquables : l’imprimerie comme mode de diffusion écrite. Si nous avons tendance à lier le destin de cette découverte (ou plutôt de cette mise au point), à celui d’un humanisme éclairé, elle a servi de véhicule à des peurs collectives : Satan, sorcellerie, hostilité à la Femme, fin du monde et jugement dernier, quand toutes ces angoisses n’étaient pas allègrement mélangées ! Véhicule aussi de prosélytisme et de propagande où celui qui parle le plus a raison.

 

Mécanisme identique et modernisé avec la toile, où les contre-vérités voisinent avec les vérités-contre. Assurément le deuxième big-bang de la communication, Internet permet une accélération de la connaissance, de sa diffusion, du contact interculturel et des processus d’acculturation. Il couvre également un champ de contributions personnelles, principe fondateur allant de Doctissimo à Dailymotion par lesquels cheminent à des degrés divers subjectivité, parti-pris, sensationnel et immédiateté. On n’est pas très loin des brèves de comptoir au Café du Commerce.

Poids des mots et choc des vidéos.

 

Est-il encore possible de prendre du recul face à l’afflux d’informations, la suivante chassant immédiatement la précédente des écrans ? Est il encore possible de confronter, vérifier, valider, donner son assentiment ? Les médias de masse ont depuis longtemps entretenu ces faces claires de transfert de savoir et de connaissance d’une part, et sombres de propagande, rumeurs, arnaques, canulars d’autre part.

 

Alors, véhicule de culture et d’information ou de propagande et de désinformation ? A chacun de choisir son interprétation.

 

Finalement l’écrit-papier a encore bien du bon. Chacun peut prendre son temps, son rythme,  relire, confronter avec sa propre expérience.