Parachutes et stock-options

Parachutes et stock-options

Pierre-Robert Cloet
Pratique Vat AFVAC - 2010

 

Dans un ouvrage récemment réédité et brulant d’actualité, « Le capitalisme est-il moral ? », André Comte-Sponville s’interroge sur les liens entre éthique et entreprise. A ce dessein et reprenant la distinction des ordres (corps, esprit et cœur) effectuée par Pascal, il définit cinq domaines et leurs interrelations : domaines  technico-scientifique (dont fait partie l’économie), juridico-politique (celui de la loi), moral (celui du devoir), éthique (celui de l’amour) et spirituel. Chaque domaine vit sa vie avec sa propre autonomie et aucun d’entre eux ne vient sur la chasse gardée du voisin, sauf à délimiter  une ligne jaune que l’autre domaine  ne doit pas franchir.

Un coup d’œil même furtif sur le monde des entreprises montre deux phénomènes antagonistes. La profusion de chartes éthiques et engagements particulièrement intentionnés à l’égard  des clients et des employés. Et le  décalage entre rémunérations et avantages divers pour les dirigeants,  insécurité pour les employés surtout en période critique.

L’auteur invite à ne pas mélanger les genres.  Seuls les impératifs de profits, d’investissements, de développement,  d’innovation régissent l’économie. Ni la morale ni l’éthique. Croire que la morale fixe les règles de l’économie est angélisme. Cependant, tous les individus qui composent l’entreprise, sans exception, doivent assumer à titre personnel la primauté de la morale sur les exigences économiques. Seul le pouvoir politico-juridique peut, sinon  fixer les règles de la vie économique, au moins définir des bornes à ne pas franchir.

André Comte Sponville conclut qu’il n’y a pas de morale de l’entreprise, mais qu’il doit y avoir une morale dans l’entreprise.

Le vétérinaire praticien a une chance, ou au moins une opportunité : à la fois individu et entreprise, il peut maitriser seul  les domaines économique et moraux. Assurer le rendement de sa clinique et rester juge de ce qu’il faut pour ses patients, ses clients et ses salariés. Les domaines juridico-politique, ordinal ou législatif, tracent quant à eux les limites de chacun des deux autres.